Stratégie de lutte à risque réduit contre le mildiou du concombre

Veuillez adresser vos questions aux responsables du Programme :
Programme de réduction des risques liés aux pesticides
Centre de la lutte antiparasitaire, Agriculture et Agroalimentaire Canada
pmc.cla.info@agr.gc.ca

Janvier 2018

Préface

Des stratégies de réduction des risques liés aux pesticides sont élaborées dans le cadre du Programme de réduction des risques liés aux pesticides (PRRP) du Centre de la lutte antiparasitaire d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). Dans le but de réduire les effets indésirables de l'utilisation de pesticides en agriculture, les responsables du Programme collaborent avec des groupements de producteurs, l'industrie, les gouvernements provinciaux, des chercheurs, et des organismes de réglementation afin de cerner les lacunes en matière de lutte antiparasitaire, de même que les possibilités d'élaborer et de mettre en oeuvre stratégies pour les combler.

Une stratégie de réduction des risques liés aux pesticides consiste en un plan détaillé ayant pour objectif de répondre aux besoins des producteurs en ce qui concerne des outils et des pratiques de lutte antiparasitaire à risque réduit contre certains ravageurs précis. Ces stratégies sont mises au point à la suite de consultations poussées menées auprès des intervenants. Le présent document stratégique résume le cadre du Programme et les activités qu’il soutient, et fait le point sur l’avancement de l’élaboration et de la mise en œuvre de nouveaux outils et méthodes disponibles grâce à la présente stratégie.

Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez consulter le site Centre de la lutte antiparasitaire.

Remerciements

Les responsables du PRRP remercient tous les intervenants qui ont contribué et collaboré à l’élaboration et à la mise en œuvre de la stratégie de lutte à risque réduit contre le mildiou du concombre, notamment les membres du groupe de travail sur le mildiou du concombre

Présentation

Le mildiou, maladie qui touche de nombreuses plantes cultivées, a été défini comme étant un problème à priorité élevée en vue de l’élaboration d’une stratégie lors d’une consultation menée auprès des intervenants et d’une évaluation systématique du potentiel de réduction des risques liés aux pesticides. En 2011, les menaces associées au mildiou étaient principalement gérées au moyen d’un calendrier d’épandages répétitifs de fongicides, dont certains font l’objet d’une réévaluation réglementaire. En même temps, l’importance économique du problème était très élevée en raison de la grande valeur (plus grand que 1 milliard de dollars) des cultures touchées. Par conséquent, on a estimé que l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie de lutte à risque réduit pourraient bien réduire les risques et avoir des avantages pour le secteur.

Comme le mildiou est causé par différents agents pathogènes chez différentes plantes cultivées, on a décidé de cibler une seule espèce cultivée pour l’élaboration d’une stratégie de lutte à risque réduit contre le mildiou. En consultation avec le groupe de travail technique du PRRP, on a choisi le concombre comme culture cible.

Au Canada, le concombre est cultivé à la fois au champ (principalement en Ontario et au Québec) et en serre (surtout en Ontario et en Colombie-Britannique).

Le mildiou est une maladie importante sur le plan économique pour le concombre de plein champ et le concombre de serre en raison de sa capacité à se répandre et à réduire de façon considérable le rendement et la qualité des fruits. Dans le cas du concombre de plein champ, les épidémies dépendent de l’emplacement géographique et des conditions climatiques locales. En Colombie-Britannique, par exemple, la maladie n’a pas été signalée pour le concombre de plein champ, alors qu’en Ontario elle est considérée comme très grave.

En 2012, un groupe de travail composé de chercheurs (AAC et universités), d’organisations de producteurs (Ontario Processing Vegetable Growers, Ontario Greenhouse Vegetable Growers, Fédération québécoise des producteurs de légumes de transformation), de spécialistes provinciaux et d’autres intervenants a été créé pour faciliter l’élaboration d’une stratégie de lutte à risque réduit contre le mildiou. La stratégie vise à cerner, à élaborer et à mettre en œuvre des méthodes de lutte antiparasitaire qui peuvent servir de solutions de rechange aux pesticides conventionnels ou être utilisées en combinaison avec les outils existants pour les systèmes intégrés de lutte contre les maladies, principalement dans la production de concombres de plein champ, tout en tenant compte des possibilités pour le concombre de serre.

Enjeux visant la lutte antiparasitaire et la réduction des risques liés aux pesticides

Chez le concombre, le mildiou est causé par lPseudoperonospora cubensis, un oomycète. L’agent pathogène se répand au moyen de spores en suspension dans l’air et peut toucher le concombre à n’importe quel stade de son développement, des semis aux plants matures. L’agent pathogène a besoin d’un hôte vivant pour survivre; par conséquent, on pense qu’il ne survivrait pas à l’extérieur en hiver au Canada, car aucun hôte n’est présent. Les infestations dans les champs sont généralement déclenchées par des spores provenant de régions de production plus chaude dans le sud. La maladie peut aussi être introduite dans les champs par des semis infectés ou à partir d’infestations dans des champs voisins ou des serres qui cultivent simultanément des concombres. Une fois établie, la maladie se répand rapidement dans toute la culture et peut causer une défoliation importante en quelques jours. Par la suite, elle entraîne de lourdes pertes financières découlant du rendement réduit et de la qualité moindre des fruits.

Les recommandations actuelles pour la lutte contre la maladie dans les champs s’appuient sur le calendrier d’application de fongicides, en combinaison avec des pratiques culturales. Des fongicides préventifs doivent être appliqués peu après la transplantation, puis fréquemment par la suite. Des intervalles d’aussi peu que cinq à sept jours peuvent être requis dans des conditions qui favorisent la propagation de la maladie (temps frais, pluvieux et humide), de sorte que certains produits peuvent être appliqués jusqu’à six ou sept fois par saison.

En plus de constituer une importante charge de pesticides pour l’environnement, l’utilisation répétée de ces produits augmente la probabilité que l’agent pathogène acquière une résistance à l’un des produits chimiques actuellement utilisés, comme on l’a déjà observé avec les fongicides IQe (inhibiteurs de la quinone extérieure). Les autres fongicides agissant sur un seul site qui posent un problème d’acquisition d’une résistance par l’agent pathogène sont le fluopicolide, le propamocarbe, le cyazofamide et l’amétoctradine.

On a déterminé qu’il fallait élaborer et adopter des méthodes de lutte antiparasitaire à risque réduit afin de diversifier les outils de lutte contre le mildiou et de réduire l’utilisation de fongicides tout en luttant efficacement contre la maladie.

Stratégie

Consultations auprès du groupe de travail

À partir de 2012, on a mené à des consultations auprès du groupe de travail sur le mildiou du concombre pour cerner les enjeux prioritaires et les lacunes liés à la lutte à risque réduit contre le mildiou du concombre. On a recueilli les commentaires des membres du groupe de travail par courriel et par téléphone ainsi que dans le cadre de téléconférences et de réunions en personne. Pendant ces discussions, le groupe de travail a cerné les objectifs clés et les solutions prioritaires pour une stratégie de lutte à risque réduit contre le mildiou du concombre. L’information recueillie a été utilisée pour l’élaboration du plan d’action décrit ci-dessous.

Enjeux prioritaires et lacunes

Les consultations ont soulevé la possibilité d’un écart entre les connaissances actuelles de l’industrie du concombre et les nouveaux renseignements et approches en cours d’élaboration. On a donc considéré comme étant prioritaire le besoin d’examiner toutes les connaissances actuelles.

Une autre lacune éventuelle était la possibilité que l’agent du mildiou des cucurbitacées s’attaque à d’autres hôtes actuellement inconnus (le seul hôte connu en dehors du groupe des cucurbitacées est le houblon, mais celui-ci n’est pas un hôte préféré). En théorie, ces hôtes pourraient jouer un rôle dans l’épidémiologie de la maladie, puisqu’elle se répand d’une zone de culture à une autre. L’identification de ces autres hôtes potentiels a donc été considérée comme prioritaire.

L’absence d’information vérifiée concernant les autres sources d’inoculum a également été soulevée comme une lacune. Parmi ces sources potentielles, citons les semences et autre matériel de multiplication, les résidus de végétaux des saisons antérieures ainsi que la contamination croisée possible entre les champs et les serres.

Le groupe de travail a également souligné la nécessité d’accroître les capacités de prévision de la maladie en établissant un système d’alerte rapide fondé sur le piégeage et l’identification moléculaire des spores en suspension dans l’air.

Les objectifs stratégiques ci-dessous ont été établis d’après les enjeux prioritaires et lacunes relevés.

Objectif 1 : Créer une base de connaissances sur l’épidémiologie du mildiou et la lutte contre cette maladie.

Objectif 2 : Formuler des recommandations concernant les meilleures pratiques afin de réduire la fréquence de la maladie.

Objectif 3 : Faciliter l’adoption de cultivars de concombre résistants ou tolérants.

Objectif 4 : Améliorer la surveillance et la prévision de la maladie.

Objectif 5 : Communiquer les résultats

Plan d’action de la stratégie

Les cinq objectifs stratégiques et solutions potentielles ont été classés en ordre de priorité dans le cadre des consultations auprès du groupe de travail et d’autres intervenants, et ont été utilisés pour l’élaboration d’un plan d’action pour la lutte à risque réduit contre le mildiou du concombre. Le plan est axé sur la recherche de pratiques et d’outils de lutte antiparasitaire à risque réduit qui permettront de réduire la dépendance aux fongicides conventionnels tout en proposant des solutions antiparasitaires efficaces et viables sur le plan économique. Le tableau suivant présente les objectifs, les jalons et les activités de mise en œuvre terminés ou en cours à l’appui de cette stratégie.

Les tableaux du plan d’action présentant les objectifs, les jalons et les activités de mise en œuvre de la stratégie de lutte à risque réduit contre le mildiou dans les cultures de concombre au Canada

Tableau 1 : Premier Objectif - Créer une base de connaissances sur l’épidémiologie du mildiou et la lutte contre cette maladie.
Jalon État Activités de mise en oeuvre Date d'achèvement
Examiner la documentation pour consigner les renseignements existants sur les méthodes de lutte contre le mildiou utilisées dans le monde. Terminé Projet PRR14-030 d’AAC : Revue de la littérature sur le contexte, les pratiques de lutte et les stratégies de lutte intégrée existantes contre le mildiou du concombre aux fins de recommandations de stratégies de lutte durable. Information recueillie dans des sources publiées et dans le cadre de discussions avec des spécialistes des cultures et des chercheurs. Il a été conclu qu’aucune des méthodes existantes ne permet isolément d’éliminer complètement l’agent pathogène, et qu’il faut élaborer plusieurs outils de lutte faisant partie d’une approche intégrée pour réduire la présence de la maladie et limiter l’utilisation de fongicides conventionnels au champ et en serre. Rapport de situation et élaboration de stratégies de lutte intégrée au Canada. Le projet est terminé. Août 2015
Cerner le lien entre les épidémies au champ et en serre. En cours Une portion du projet de revue de la littérature PRR14-030 portait sur la relation entre les épidémies au champ et en serre. On pense que la production de concombres à l’année dans les serres de la région des Grands Lacs pourrait constituer une source d’inoculum durant la saison, particulièrement lorsque les mesures de lutte s’avèrent inefficaces. Une enquête sur le lien possible entre les épidémies au champ et en serre est en cours (PRR16-050) et de nouveaux renseignements devraient être générés à la fin de ce projet triennal. Pas applicable
Définir l’éventail d’hôtes du mildiou du concombre et déterminer les autres hôtes potentiels comme facteur de transmission de la maladie. En cours Des travaux sont actuellement réalisés dans le cadre du projet PRR16-050 d’AAC : Voies d’infection du mildiou du concombre. Le projet est axé sur les sources d’inoculum de P. cubensis en production commerciale de concombres au Canada et vise à déterminer les voies d’infection potentielles, qui incluent les semences, les autres cucurbitacées cultivées dans les champs et serres voisins, les cucurbitacées sauvages et les résidus de cucurbitacées cultivées les saisons antérieures. Le matériel récolté est soumis à des analyses destinées à détecter la présence de l’agent pathogène. Pas applicable
Mettreau point des outils moléculaires permettant la détection quantitative et l’identification de l’agent du mildiou. À venir Pas applicable Pas applicable
Tableau 2 : Deuxième Objectif - Formuler des recommandations concernant les meilleures pratiques afin de réduire la fréquence de la maladie.
Jalon État Activités de mise en oeuvre Date d'achèvement
Cerner les zones où les mesures d’assainissement ne sont peut-être pas suffisantes pour la culture en plein champ ou en serre. En cours Le projet PRR16-050 fournira des indications préliminaires concernant les sources d’inoculum dans la production commerciale de concombres. Pas applicable
Effectuer une recherche pour améliorer les pratiques d’assainissement existantes (par exemple le choix du moment) et mettre au point ou évaluer de nouvelles pratiques. À venir Pas applicable Pas applicable
Évaluer la résistance de l’agent pathogène aux fongicides En cours Des travaux sont actuellement réalisés dans le cadre du projet PRR17-030 d’AAC : Enquête sur la résistance aux fongicides du mildiou du concombre. L’agent pathogène isolé du matériel végétal infecté prélevé dans des sites de production de concombres en Ontario et au Québec est analysé pour déterminer sa résistance aux fongicides agissant sur un seul site qui sont offerts sur le marché. Les résultats de ce projet de deux ans seront communiqués aux intervenants et pourront les aider à prendre des décisions éclairées en matière de lutte tout en tenant compte des profils de résistance de l’agent pathogène. Pas applicable
Tableau 3 : Troisième Objectif - Faciliter l’adoption de cultivars de concombre résistants ou tolérants.
Jalon État Activités de mise en oeuvre Date d'achèvement
Évaluer la réaction des plants à l’agent pathogène dans les systèmes de production canadiens quand de nouveaux culivars sont mis en marché. En cours Des travaux sont réalisés dans le cadre du projet PRR16-040 d’AAC : Pratiques exemplaires de lutte contre le mildiou du concombre. Le projet vise à évaluer de nouveaux cultivars hybrides de concombre tolérants au mildiou. Des méthodes de lutte contre la maladie conformes aux recommandations actuelles du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario seront évaluées dans le cadre d’essais au champ à Simcoe et à Ridgetown, en Ontario, et des comparaisons sont établies avec de nouveaux régimes de traitements fongicides à intervalles rallongés pour deux hybrides tolérants et un hybride normal sensible. Pas applicable
Tableau 4 : Quatrième Objectif - Améliorer la surveillance et la prévision de la maladie
Jalon État Activités de mise en oeuvre Date d'achèvement
Soutenir la mise au point d’un système d’alerte rapide fondé sur le piégeage et l’identification des spores. À venir Pas applicable Pas applicable
Tableau 5 : Cinquième Objectif - Communiquer les résultats.
Jalon État Activités de mise en oeuvre Date d'achèvement
Utiliser des plateformes de communication appropriées pour porter les résultats à l’attention des intervenants. En cours Un compte rendu des activités annuelles est présenté aux intervenants par courriel et par téléconférence. Des résumés des nouveaux projets et des projets achevés sont affichés sur le site Web d’AAC. D’autre matériel d’information sera préparé à mesure que des résultats sont obtenus. Pas applicable

À mesure que la stratégie évolue, le plan d’action sera peaufiné. Des activités et des objectifs particuliers pourraient être ajoutés ou modifiés. Le présent document est évolutif et sera mis à jour de façon régulière.

Date de modification: